Proposition d'atelier pour le FSE de juillet 2.010 en Turquie
« Crises sociales et environnementales de l'agrobusiness européen
tout autour de la Méditerranée »
Ce thème concerne notamment le développement accéléré depuis les années 80 du secteur de l'agriculture industrielle des fruits et légumes sous serres plastiques dans plusieurs pays méditerranéens, depuis le sud du Maroc à l'ouest jusqu'à la vallée du Jourdain à l'est, en passant par le nord du Maroc, l'Andalousie, les Bouches du Rhône et le Vaucluse en France, les plaines côtières de Campanie, de Calabre et des Pouilles en Italie, la Crète, et d'autres lieux dans les Balkans, en Turquie et en Egypte.
Le développement rapide de ce secteur hautement capitalistique, financé par des capitaux en grande partie européens, pose de nombreux problèmes intimement liés à la mise en oeuvre de plus en plus accentuée des pratiques néo-libérales : liberté d'investissement pour les capitaux étrangers, y compris pour l'accaparement des terres paysannes, libre-échange et application sans aucune réserve réglementaire du principe de concurrence « libre et non faussée », élimination des règles de protection des ressources en eau, abaissement et même suppression des garanties du droit du travail etc....
En premier lieu, l'extension rapide des surfaces occupées par ces entreprises capitalistes ruine la paysannerie aussi bien dans les pays de production (en captant par son influence politique presque toutes les aides publiques à l'agriculture) que dans les pays de consommation (en pratiquant des prix de vente inférieurs aux seuils de subsistance des exploitations paysannes). Ce secteur apparaît ainsi comme l'obstacle principal au respect de la souveraineté alimentaire de chaque peuple et comme un facteur destructif de toutes les formes d'agriculture de proximité.
D'autre part les entreprises de l'agro-business, elles-mêmes engagées dans une compétition permanente, et contraintes d'utiliser une main d'oeuvre abondante nécessaire aux techniques de l'horticulture intensive, pratiquent systématiquement une surexploitation de cette main d'oeuvre, en majorité composée d'ouvriers et d'ouvrières migrants, parfois sans papiers, soumis à des conditions de vie et de travail dégradantes et souvent victimes d'un racisme institutionnalisé dans les pays du sud de l'Europe, pouvant conduire à de véritables pogroms, comme on l'a vu à El Ejido en 2.000 et tout récemment en Italie du sud, dans le but de les marginaliser et d'empêcher toute forme de solidarité entre eux et la population des régions de production. Ces entreprises sont donc aussi un facteur destructif de la cohésion sociale et des liens de solidarité humaine.
En troisième lieu l'agro-business est un facteur de dégradation de l'environnement. Il consomme de grandes quantités d'eau pour irriguer les serres et épuise rapidement les ressources des régions où il s'installe, comme on le voit en Andalousie et dans le Souss marocain. Par ailleurs l'emploi intensif d'engrais et de produits phytosanitaires charge le sol en éléments chimiques nocifs et pollue également les nappes phréatiques, tout en produisant des aliments dont plusieurs études ont montré qu'ils étaient aussi touchés par la pollution chimique. Et cette agriculture intensive orientée vers l'exportation de ses produits frais par des flottes de camions ou d'avions considérables, sur des milliers de kilomètres, pour les marchés urbains des grandes surfaces de distribution de l'Europe occidentale, contribue à produire massivement des gaz à effet de serre et à gaspiller de l'énergie non renouvelable.
Enfin ce secteur capitalistique porte des atteintes très graves à la biodiversité des territoires qu'il envahit. De même que les élevages industriels des volailles et des porcs fonctionnent sur la base d'un tout petit nombre de souches génétiques contrôlées par des firmes privées très concentrées à l'échelle mondiale, ce qui favorise l'expansion d'épizooties à grande échelle et des menaces sur la santé humaine, de même l'agrobusiness des fruits et légumes, des aliments du bétail et des agrocarburants fonctionne sur la base de monocultures excluant toute autre production végétale sur de vastes espaces, et se trouve ainsi dépendant de la chimie des fertilisants, des herbicides et des pesticides, anéantissant la flore et la faune de l'eau, du sol et de l'atmosphère.
Mais les conséquences les plus néfastes de l'agrobusiness touchent surtout les êtres humains, leurs conditions de vie et de travail, leur santé, leurs structures sociales, leurs cultures. Cette manière de produire des profits sans limites pour des capitaux privés ultra-concentrés à l'échelle européenne et mondiale ne dégrade pas seulement notre environnement et la qualité de nos aliments. Elle détruit l'héritage et les savoir faire des sociétés paysannes par l'accaparement des terres, l'épuisement des ressources en eau et en humus, la monopolisation des marchés, le détournement à son profit des infrastructures publiques, souvent même en les expulsant de leurs terroirs par la violence armée. Et par tout un arsenal de techniques autoproclamées « modernes » en dépit de leur nocivité (brévetage du vivant, OGM, usage intensif de produits chimiques, contrôle strict des semences végétales et de la reproduction animale, vaccinations obligatoires, manipulation du crédit etc...), cet agro-business prétend interdire aux paysans le libre-échange de leurs produits, de leurs semences et de leurs animaux d'élevage et finalement l'exercice de capacités d'innovation qui ont démontré leur pertinence depuis la nuit des temps. Cette entreprise de destruction des sociétés et des cultures paysannes est la principale responsable des déséquilibres dangereux dans la répartition de la population mondiale, par l'extension sans limites des mégapoles où s'entassent les paysans déracinés des pays du sud, et dans l'intensification des courants migratoires, sans que le système néolibéral soit en mesure de leur procurer des emplois socialement utiles et des conditions de vie décentes.
En jouant sur les différences de niveau de vie entre le sud et le nord et en poussant la productivité de ses lieux de production au delà des contraintes des milieux naturels et des droits de l'homme, l'agrobusiness permet l'encaissement de gros profits aux capitaux qui le financent (notamment européens) et à ses associés locaux dans les pays du sud, mais il bloque ainsi toute perspective de développement harmonieux des économies locales et même nationales des pays où il installe ses serres plastiques et ses monocultures.
Le Forum Social Européen se réunit cette année en Turquie, pays méditerranéen dont 25% de la population contribue à l'existence de sociétés paysannes porteuses de biodiversité, de savoir faire et de richesses culturelles essentielles à l'équilibre et au dynamisme de tout le pays. Il est donc important pour le mouvement altermondialiste européen de réfléchir aux moyens de s'opposer aux dégâts produits par les capitaux européens de l'agrobusiness au sud et au nord de la région méditerranéenne, et de manifester concrètement notre solidarité avec les femmes et les hommes qu'ils surexploitent, avec les paysans qu'ils conduisent à la ruine et avec les consommateurs qui en sont victimes.
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Organisations sollicitées pour soutenir l'organisation de cet atelier et participer à la présentation de ses objectifs :
Attac France
Confédération Paysanne (France) et Via Campesina
Sindicato de Obreros del Campo (Andalousie)
Forum Civique Européen ( contacts avec organisations italiennes en cours)
Attac Maroc et syndicat UMT de l'agriculture (dans le Souss marocain)
Confédération des Syndicats Paysans de Turquie(Confederation of Farmers Unions in Turkey)